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 [FT] Le phénix et la chimère

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kristaline
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MessageSujet: [FT] Le phénix et la chimère   Lun 19 Juin à 19:49

Salut ! Eh oui ! Je reviens avec une nouvelle fic, cette fois-ci classée R (vous comprendrez bientôt pourquoi Wink). Cependant, il serait préférable de lire Perdus, de GalP, car ma fic est en quelque sorte la suite de sa fic Wink Sur ce, bonne lecture ^^ !


Prologue

Combien de jours en une année sur cette planète inconnue ? Chaleur et humidité à perpétuité. Hiver inexistant. Quoiqu’il en soit, Falbo et Mirabella, dans leur bungalow en bambou 6 et demi, avaient installé une plaque de bois avec laquelle ils gravaient les jours écoulés depuis qu’ils étaient abandonnés dans ce coin de la galaxie du Têtard pané.

Environ un an et demi s’était écoulé depuis… Plus précisément un an et neuf mois, puisque nous sommes en juillet 2037… Encore plus précisément le 2… Ok, ma yeule…

C’était le soir. Maintenant que Falbo et Mirabella avaient exploré toute la planète, ils n’avaient plus de raison de partir à l’aventure dans des absences de trois à six jours. Ils avaient retrouvés toutes les caisses de survie envoyées par le Romano Fafard… si on exclut celles tombées à l’eau, perchées au sommet d’un arbre ou avalées par un boa constrictor vert à pois jaunes…

Maintenant, leur nourriture, ils la trouvaient en pêchant des sardines géantes ou encore en chassant des poules de soixante-dix kilos. Leurs vêtements, ils les fabriquaient à partir de bêtes tués au passage. Mirabella fait preuve de beaucoup d’imagination en se servant de cervelles broyés pour en faire de la colle. Et Falbo a développé une expertise en conservation de têtes animales, qu’il plaçait dans sa salle à rangement. Bref, tout allait pour le mieux… jusqu’à ce que…

- Fais-moi un enfant !

- Kof ! Kof ! Kof !

Bon, avant cette phrase pour la moins surprenante, faisons un retour en arrière…


Dernière édition par le Sam 2 Sep à 16:16, édité 1 fois
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kristaline
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Lun 19 Juin à 19:50

Chapitre 1 : Choisir avant le non-retour
2 juillet 2037

C’était le soir. Maintenant que Falbo et Mirabella avaient exploré toute la planète… oups, je l’ai dit, celle-là, hein ? Bref, oui, c’était le soir. Falbo et Mirabella mangeaient tranquillement leurs sandwichs à la sardine (puisque ça prenait une sardine pour faire une sandwich) tout en discutant de leurs futurs projets…

- J’crois qu’il faudrait agrandir la salle de rangement.

- Quoi, t’es malade, Falbo ? On vient juste de faire des rénovations ! Non, le mieux, c’est de peinturer la salle à manger. J’sais pas si t’es d’accord avec moi, mais le brun, ça fait ch…

- J’m’excuse, mais y’a pas d’Rona, ni de Canadien Tire, ni de Rona Canadian Tire Home Depot.

- Ben, on s’pourrait s’servir du sang des bêtes tués…

À l’expression de l’ancien mercenaire, Mirabella sourit.

- Ben non, j’te niaise !

Soudain, son regard changea, se faisant plus sérieux. Falbo n’allait pas douter de ce qui allait s’en suivre (mais vous, vous vous en doutez, hein ?)…

- Fais-moi un enfant !

Et comme Falbo ne s’en doutait pas, il s’étouffa avec une bouchée de son sandwich. Après que l’ancienne voleuse lui eut administré quelques techniques de poing à l’estomac, il reprit son souffle.

- Que… quoi ? T’es-tu sérieuse ?

- Sérieuse comme j’l’ai jamais été avant…

Pour une rare fois, Mirabella se dévoila à lui.

- Mon enfance a pas été facile. Mon père était en prison, ma mère… en boisson. Mais j’m’étais promis, très tôt à part de ça, que je serais une bonne mère pour mes futurs enfants… Cependant…

- Cependant ?

- Avant d’avoir mes enfants, il leur faut un bon père…

Elle lui sourit malicieusement.

- C’est peut-être pas c’que j’recherchais, mais ça fera l’affaire.

Lui, père ? Falbo n’y avait pas songé. Bien sûr, il avait songé à coucher avec Mirabella depuis qu’ils étaient sur cette planète. Plus d’une fois même. Mais, à chaque fois, Cristale, sa fiancée travaillant sur la Lune, revenait le hanter. Il baissa sa tête, désolé.

- J’peux pas.

- Quoi ?

- Si j’te faisais un enfant, ce serait tromper ma blonde…

- Qu’est-ce que ta blonde fait là-d’dans ? Allô-ô ! J’veux un enfant, c’est tout ! Pas sortir avec toi ! Ah, pis tu comprends rien !

Frustrée, Mirabella se leva et sortit dehors, laissant Falbo revenir à son cas de conscience. Elle voulait un enfant, elle le trouvait acceptable… mais il ne pouvait pas tromper sa fiancée pour une simple conception. Et s’il fallait qu’un vaisseau les retrouvent, un jour ? Le capitaine Patenaude pouvait très bien demander à un autre équipage de venir les chercher.

Mais, d’un autre côté, il y avait la fameuse horloge biologique. Combien de temps le Romano Fafard va-t-il prendre pour chercher une planète ? Dix ans ? Vingt ans ? Entre temps, Mirabella n’aura plus la chance de réaliser son rêve s’il ne fait rien. Et puis, elle mérite bien de tenter sa chance…

La décision prise, Falbo se leva et sortit dehors. La jeune femme était sur le balcon, le regard tourné vers le lac. Il prit une grande respiration, posa une main sur son épaule et lança :

- C’est d’accord. On va le faire…

Elle se retourna, tout doucement.

- Sérieux ?

- Plus que jamais… Euh… comment on fait, là ?

Mirabella s’esclaffa devant la maladresse de Falbo.

- Ben voyons ! On baise, c’est tout !

- Je l’sais ! Mais… faudrait mettre d’l’ambiance, de quoi s’mettre à l’aise…

- Dis-moi pas que t’es pas capable de bander sans ton déguisement de Batman !

Vexé, le jeune homme lui répondit :

- Quoi ? Mais j’suis capable tu-seul !

- Très bien. Alors… chez toi ou chez moi ?

- Décide…

Afin de le mettre à l’aise, Mirabella choisit la chambre de Falbo. Elle l’étend sur son lit où elle se laisse déshabiller pour ensuite le dévêtir. Et, après maints moyens pour l’exciter, voilà que le désir lointain de l’homme surgit dans son esprit et s’exprima à travers son corps.

Elle le chevaucha. Tous deux se laissèrent aller par le feu de l’instant et savourèrent ce moment charnel. Puis, au moment de l’orgasme, elle recueillit en elle la semence précieuse de son compagnon, celle qui pourrait lui permettre de faire jaillir la vie au creux de son ventre. Elle finit par se renverser sur le dos haletante.

- Pis… pas pire ?

Falbo ne savait que répondre. C’était bon, oui. Il avait la sensation du devoir accompli. Il avait aussi celle d’un plaisir rarement partagé depuis longtemps. Mais, au fond de lui-même, il avait l’impression d’avoir trahi celle qu’il aime…
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kristaline
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Jeu 22 Juin à 19:35

Chapitre 2 : Hantises
19 novembre 2037

Voilà quelques mois que Falbo et Mirabella essayaient d’avoir un enfant. Mais Mirabella n’était toujours pas enceinte… Par contre, Falbo commençait à apprécier ces moments intimes. Dans ces occasions, il oubliait la vie rude sur la Planète verte (le nom donné par leurs deux seuls habitants humanoïdes) et cela l’apaisait encore mieux que ces isolements à des jeux solitaires.

Néanmoins, il restait fidèle à Cristale. Et puis, ce n’était pas un crime de faire un enfant ! Aussitôt que Mirabella sera enceinte, ils arrêteront. Cela s’était conclu depuis le premier soir.

En plein milieu de la nuit, Falbo se réveilla, son ouïe ayant repéré quelque chose. Depuis qu’il était mercenaire, il s’était développé un instinct lui permettant de s’éveiller au moindre bruit suspect. Il n’avait pas les oreilles fines de Flavien, mais il était fier de sa tactique. Cette fois-ci, ce n’était pas le rugissement d’un tigre à dent de sabres qui le sortit du sommeil… mais les pleurs de Mirabella, entrecoupés de paroles incompréhensibles.

- Non… arrête… Fais pas ça…

Il y avait-t-il un étranger entre leurs murs ? Et si c’était ce Yaguère qui était revenu ? Mais jamais Mirabella n’aurait réagi de la sorte… Inquiet, le jeune homme se leva et traversa le couloir pour entrer dans sa chambre.

Elle était là, nue sous ses draps, les jambes ramenés à elle, la tête enfouie sur ses genoux. Son désarroi bouleversa Falbo, qui se décida l’appeler doucement.

- Mira ?

L’ancienne femme médecin releva sa tête. Les larmes continuaient de couler sur ses joues alors qu’elle répliqua farouchement :

- Quoi ? Tu veux ma photo ?

Il ne pouvait pas la laisser dans cet état. Il s’assit à côté d’elle, tenta de lui prendre la main, mais elle la retira vivement.

- Mira…

Elle le gifla violement au visage.

- T’as rien compris ? hurla-t-elle. J’veux rien savoir de toi !

Du monde comme elle, il en avait connu. En particulier ceux qu’il a croisé durant son enseignement dans une école secondaire de Montréal. Il y avait un temps pour tirer sur tout ce qui bouge… et un autre pour venir en aide à ceux qui en ont vraiment besoin…

Le plus calmement possible, il lui dit :

- Mira… T’es pas obligée de tout me raconter. Mais sache que j’suis là. Et que tu peux compter sur moi…

Elle ricana étrangement.

- Compter sur toi ? J’ai compté sur une grande gueule, j’vois pas pourquoi j’compterai sur toi…

- M’as t’le dire pourquoi : parce qu’on est seuls, voilà pourquoi.

- Seuls ?

Elle ricana à nouveau.

- J’ai toujours été seule… Seule contre ma famille, seule contre mes chums, seule contre les flics, seule contre vous…

- T’es pas seule, crois-moi ! Le capitaine tenait à toi ! Bob aussi ! Flavien, pis Valence, pis Brad… euh, oublie Brad finalement… Mais moi aussi je tenais à toi ! Pourquoi penses-tu que j’suis venu te chercher ?

- Parce que le capitaine te l’a ordo-

- Oui, mais j’aurais pu abandonner et penser à sauver ma peau. Mais j’l’ai pas fait. Parce que tu comptes beaucoup pour moi…

Les larmes avaient cessé de couler de ces yeux qui fixaient Falbo intensément.

- T’es sérieux, là ?

- T’es ma meilleure chum ! Eille, pourquoi j’abandonnerais une fille aussi cool que toi ?

À nouveau, Mirabella pleurait, mais, cette fois-ci, de joie. Elle se jeta dans les bras de Falbo, oubliant qu’elle était nue.

***

Lorsque Falbo se réveilla, le lendemain, ce fut sous les bruits de vomissements. Chancelante, Mirabella revint de la salle de bain.

- T’es correct ?

À cette question imprimée d’inquiétude, la jeune femme lui sourit.

- Ça fait quelques jours à peine… mais j’tiens l’coup.

Elle s’assit sur son lit, là où ils s’endormirent quelques heures plus tôt.

- Au début, j’croyais avoir attrapé une gastro avec le poulet d’la s’maine passé, mais j’crois que ça y est… J’suis enceinte.
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kristaline
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Dim 2 Juil à 19:41

Chapitre 3 : Carpe diem
6 mars 2038

Le souhait de Mirabella était enfin réalisé : elle allait avoir un enfant. Qu’importe si ce sera un garçon ou une fille, elle l’élèvera comme une mère. Une vraie…

Et maintenant que ce rêve va devenir réalité, elle n’avait plus aucune raison de faire l’amour avec Falbo. Ce dernier commençait à regretter ce bonheur fugitif, mais elle avait ses raisons d’arrêter. Il n’allait tout de même pas la forcer. Par contre, ce sourire rayonnant sur le visage de la jeune femme suffisait à le rendre fou. Assez pour s’éloigner d’elle…

Tout cela a commencé par une expédition de chasse de trois jours. Puis, une semaine. Puis, un mois. Puis, deux. La plupart du temps, il ne chassait pas. En cachette, il s’était fabriqué un abri dans un arbre, un des plus grands et des plus gros des environs. Et c’était là qu’il avait loisir à réfléchir.

Il n’en pouvait plus. À chaque retour de prétendue campagne, il la revoyait toujours plus belle, plus désirable. Ses rêves lui renvoyaient de vagues souvenirs de ses jouissances partagés avec elle, pourtant si intenses qu’il se réveillait la nuit, en sueur, une bosse dans son pantalon.

Maintenant, le dernier mois de son périple s’achève. Que devait-il faire ? Il avait encore de l’affection pour Cristale, mais encore plus de désir pour Mirabella. Non, il ne pouvait passer le reste de son exil, sinon le reste de sa vie à fuir son conflit. Il devait l’affronter, comme les bêtes tapies dans l’obscurité.

Résolu, il descendit par la corde les proies tuées dernièrement, descendit lui-même de l’arbre et prit le chemin du retour. Mirabella l’attendait sur le balcon, assis sur la première marche, son ventre légèrement rebondi. Et elle était loin d’être radieuse…

- T’étais où, toi ?

- J’te l’ai dit, j’allais chasser pour deux mois.

- Menteur…

D’un doigt, elle pointait la cachette, parfaitement visible d’ici puisqu’elle était dans l’arbre le plus haut des environs. Falbo ne pouvait se retenir de lâcher un :

- Ah, shit ! Mira, j’vais tout t’expliquer…

- Pas besoin de gaspiller ta salive. Tu veux t’éloigner de moi…

Avant qu’il puisse l’interrompre, elle se laissa aller et exprima son gros-plein d’émotion.

- T’as eu du fun avec moi. J’en ai eu moi aussi. Mais, maintenant que j’suis enceinte, ça t’intéresse pus ! J’suis laide !

- Mais non, dis pas ça…

- Oui, j’suis laide ! L’osti d’chien sale arrêtait pas d’m’le répéter !

Elle s’arrêta, honteuse.

- Quoi ? Brad t’a dit ça ?

Elle baissa sa tête, sombre.

- Non… c’est pas Brad…

Elle resta perdue dans ses noires pensées. Falbo n’insista pas pour savoir de qui il s’agit. Au lieu de cela, il s’assit à côté d’elle et l’entoura de ses bras.

- Écoute : dis-pas que t’es laide. Moi, j’te trouve très belle avec ta bedaine.

Il regarda son ventre, annonciateur du miracle de la vie, et devint songeur.

- J’arrive pas à croire que cet enfant s’ra d’moi…

Mirabella rit tout doucement.

- Ben sûr qu’yé d’toi ! De qui d’autre ç’aurait pu être ?

Elle le regarda, reconnaissante.

- J’ai pas pu t’le dire avant, mais j’te r’mercie pour c’que tu m’as fait.

- Normal, puisque j’étais tout l’temps parti…

Cette fois-ci, ce fut Falbo qui baissa la tête.

- J’suis un con !

- Pourquoi dis-tu ça ?

- J’ai pas pu t’le dire avant…

Il la regarda intensément.

- Mais j’ai envie d’toi…

Elle resta interdite pendant un long moment, gardant en mémoire ces mots. Il avait envie d’elle ? Elle aussi en avait envie… mais il était fiancé et s’il y avait une chose qu’elle ne faisait pas, c’était bien être une voleuse de chum.

Mais, d’un autre côté, puisqu’il le voulait et puisqu’elle le voulait, pourquoi pas le faire ? Pourquoi ne pas profiter de la vie à chaque instant, comme elle l’avait fait si souvent auparavant ?

- Mira ?

Elle lui sourit malicieusement.

- Prends-moi, j’t’en prie…

Il se leva et l’invita à se lever.

- Pas là, imbécile… ici…

- Quoi ? Ici, là là ?

Elle hocha la tête, toujours souriante. Le regard fiévreux, Falbo l’embrassa avec ardeur. Ils retirèrent leurs vêtements maladroitement, tant l’excitation était grande. Puis, elle se coucha sur le balcon, les jambes ouvertes, les pieds posés sur une marche. Et, sous l’humidité constante, ils se laissèrent aller aux vagues torrides du plaisir...
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kristaline
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Mer 12 Juil à 19:52

Chapitre 4 : L’aveu
27 mai 2038

Depuis cette chaude extase, Falbo ne quittait plus Mirabella, excepté pendant ses séances de chasse (qui étaient vraies, cette fois) durant la journée. Il lui proposa de s’installer avec elle dans une même chambre et d’offrir l’autre à l’enfant à naître. Se souvenant des efforts presque surhumains pour arracher les racines lors de la construction du bungalow, elle trouva que c’était une bonne idée.

Les mois passèrent et le jeune homme trouvait plaisir à sentir cette vie bouger sous la peau de son amante. Assis sur leur lit commun, quand il embrassait ce ventre, elle lui demanda :

- C’est à elle ou à moi que tu donnes ce baiser ?

Il releva sa tête, curieux.

- Elle ? Qu’est-ce qui t’fais dire que ce s’ra une fille ?

- Les coups d’pied. Sont peu, j’trouve.

- Peut-être que t’auras un garçon calme comme moi.

- Peut-être… s’il boit pas d’lait au chocolat.

Étrangement, Falbo se remettait de sa longue privation de ce liquide sucré. Peut-être était-ce ces jeux sous les draps qui l’aidait à supporter cela…

- As-tu pensé à un nom ? lui demandait-il.

- Pour une fille, j’ai pensé à Océane. C’est tellement cute comme nom. Mais j’avoue que j’ai un faible pour la mer…

- Et pour un gars ?

- Ah, tout dépend de toi.

- Quoi ?

- Ben, puisque cet enfant aura la moitié d’tes gènes, autant qu’il hérite aussi d’un nom donné par toi !

Un nom pour un gars ? Falbo aurait cru que Mirabella y aurait réfléchi, mais il était honoré de sa confiance. Soudain, il se rappela que le capitaine Patenaude privilégiait les proverbes de Jules César. Jules César, qui eut une liaison avec la reine Cléopâtre… N’avait-elle pas eu un autre amant, aussi ? Comment s’appelait-il, déjà ?

- Marc-Antoine !

- Marc-Antoine ?

- Ben ouais, le général qui a couché avec Cléopâtre…

- Ah, Cléopâtre, dans Astérix là ?

- Ouais !

- Bof, Marc-Antoine… J’suis pas sûre…

- Ben quoi, Marc-Antoine, c’t’un beau nom !

- Premièrement, Marc-Antoine Gotta, ce serait trop long sur son permis d’conduire. Deuxièmement, j’aime pas le Marc dans Marc-Antoine… J’ai pas envie qu’il devienne doorman…

- Tu peux l’enlever, si tu veux. Comme ça, ça va donner : Antoine Gotta.

Antoine Gotta… cela avait plus d’allure pour la mère en devenir. Ce prénom, en plus d’être beau, allait bien avec le nom de famille. Elle tenait d’ailleurs à ce que ce soit Gotta, en l’honneur du père qui lui a donné la vie.

- Ça marche pour Antoine. Mais y’a une chose qui m’inquiète…

- Quoi ?

- D’un coup qu’il sort avec une pitoune comme Cléopâtre ?

- Mira, c’est pas parce qu’il va s’appeler comme ça qu’il va nécessairement faire la même chose que Marc-Antoine…

- Ouais… t’as peut-être raison. Mais, pour le moment…

Elle le regarda, comme une chatte prête à bondir sur une souris.

- On devrait s’allonger un peu…

Devinant la même chose qu’elle, il la poussa fermement contre le lit et plongea sa bouche contre la nuque qui lui était offerte. À pareil moment, il glissait ses doigts contre ce ventre, témoin d’une vie embryonnaire depuis sept mois. Il voulait se montrer bestial, mais cette présence le persuadait d’y aller doucement. Après tout, il aura encore du temps pour cette démonstration torride…

***

- Non… arrête…

Encore une fois, Falbo se réveilla de ces gémissements cauchemardesques. Les paupières de Mirabella réagissaient vivement, bien que closes. Son visage était imprégné de fines gouttelettes de sueur, qui n’avaient rien à voir avec l’humidité ambiante de la nuit.

Devait-il la réveiller ? S’il le faisait, elle saura qu’il était témoin d’une chose dont elle ne voudrait pas parler. Mais il ne pouvait la laisser en proie en ces songes obscurs. Il prit la résolution de la secouer légèrement.

- Mira ! Réveille-toi !

Quelques battements de cils plus tard, Mirabella se réveilla, les larmes au bord des yeux. La première chose qu’elle fit… fut de se jeter dans les bras de Falbo, pleurant tout son saoul.

***

- Alors, c’est pour ça que tu t’es enfuie de chez toi ?

La voix de Falbo était calme, mais à l’intérieur de lui-même, il était bouleversé et tremblant de colère. Jamais il n’aurait cru que Mirabella aurait subi tout cela. Et pourtant, ce regard farouche dont elle faisait preuve lorsqu’elle se sentait draguée expliquait tout…

Mirabella était l’enfant du milieu de la famille Romario. Elle avait une sœur, Leona, trois ans plus âgée qu’elle, et un frère, Andrea, de deux ans son cadet. Elle avait un père revendeur de drogue et une mère alcoolique. Elle savait que la vie allait être dure pour elle, mais elle ne se plaignait pas, elle se disait que cela pouvait être pire. Et elle avait terriblement raison…

À l’âge de douze ans, son père était mis en prison pour une durée de deux ans. Parce que la mère de Mirabella ne savait que faire sans l’argent de son époux, elle s’était vite trouvé un amant. Pour les enfants, c’était le début d’une lente chute au plus profond de l’enfer.

Dès que son amante sortait pour se saouler, le salaud en profitait pour forcer la jeune adolescente à se déshabiller. Avec sa webcam, il prenait des clichés d’elle, étendue sur le lit conjugal, en vue d’échanges de photos pornographiques avec d’autres pédophiles. Puis il terminait sa séance en se livrant à des actes impardonnables à l’endroit de son corps, mais aussi envers son cœur.

Un immense besoin d’en parler aurait pu la soulager, mais qui l’aurait écoutée ? Leona passait ses soirées chez son chum et Andrea ne pourrait la comprendre. Et sa mère ? Quand elle partait pour l’école, elle était ivre et quand elle en revenait, elle repartait en tournée ! Et son père ? Elle ne pouvait lui en parler. Avec tous ces gens autour d’eux…

Elle crut que son calvaire allait s’arrêter au bout de deux ans, mais non ! Dès que son père sortit de prison, il surprit l’aventure de sa femme et exigea le divorce ! Et malheureusement, il perdit la garde de ses enfants…

Un an plus tard, une nouvelle bouleversa la famille.

- J’suis enceinte…

Pour cela, Leona fut chassée du foyer familial. Mais elle s’en fichait. À dix-neuf ans, elle avait un chum, un boulot… puis elle aura un appartement… et un enfant, qu’elle comptait bien garder.

Alors qu’elle faisait ses bagages, Mirabella la rejoignit.

- Emmène-moi avec toi !

- J’peux pas…

- Mais pourquoi ? J’peux m’débrouiller, tu sais…

Plus tard, Mirabella avait comprit que Leona ne voulait pas créer plus de problèmes qu’elle en avait. Mais elle savait que sa grande sœur l’aimait beaucoup. Malgré tout, après son départ, la jeune femme en devenir avait décidé de faire pareillement.

Après avoir rassemblé quelques vêtements et quelques provisions dans son sac à dos, elle avait volé la carte de guichet de sa mère. Ce fut la dernière fois qu’elle traversa la porte de cet appartement. Puis, plus tard, à un guichet automatique, elle retira l’argent en compte. Ce fut sa première fraude…

Maintenant, elle était devant Falbo, à des milliers de kilomètres de la Terre, enceinte à son tour. Son récit l’ayant beaucoup épuisée, elle s’allongea à nouveau sur le lit.

- Alors, c’est pour ça que tu t’es enfuie de chez toi ?

- Ça… et plein d’autres choses aussi. Mais j’voudrais m’reposer, si ça t’dérange pas…

Falbo hocha de la tête, compréhensif. Il était dur pour elle de faire ressurgir de tels événements, aussi bien profiter du reste de la nuit pour récupérer. Il l’embrassa sur les lèvres.

- T’es courageuse, tu sais.

- Non… c’est pas du courage. C’est de l’instinct…
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Jeu 27 Juil à 19:18

Chapitre 5 : La liberté du phénix, première partie
10 juillet 2038

Le dernier mois de grossesse était éprouvant pour Mirabella. Maintenant, bien qu’elle ne l’était pas, elle comprenait mieux le sort de millions de Tatas obèses, beaucoup plus souffrants face à la chaleur. D’ailleurs, en restait-il beaucoup de Tatas, en attente d’une nouvelle planète ?

Allongée sur le lit du couple, elle commençait à en avoir assez. Elle avait très hâte de voir le visage de son enfant. Falbo aussi était excité à voir le fruit de leur conception. Cependant, il était inquiet face à la perspective d’un accouchement en coin isolé.

- T’inquiètes pas, j’suis médecin.

- Mira… t’as jamais été médecin.

- Tu sauras que j’passais des nuits blanches à étudier la médecine !

- Mais les accouchements ! C’était pas sur l’ordinateur ! Pour une mission aussi risquée que celle du Romano Fafard, c’était insensé d’avoir des enfants.

- Relaxe… J’ai vu ma chienne Pitoune en train d’avoir sa portée. Y’a rien d’plus naturel que d’accoucher…

Pitoune était la chienne qui a tenu compagnie à Mirabella durant son séjour dans les rues de Montréal. Une labrador blonde qui a su la réconforter dans les moments les plus sombres… et qui lui a procuré des moments de joie intense en donnant naissance à six chiots, heureuse conséquence d’une fréquentation avec un gentil bâtard appartenant à un autre errant urbain.

Soudain, un bourdonnement se faisait entendre de l’extérieur. La jeune femme agrippa le bras de Falbo, anxieuse.

- Kessé ça ?

- Reste-là, j’t’en prie. M’as aller prendre un fusil.

Alors qu’il quittait la chambre, elle lui cria, dans la tourmente auditive :

- Apporte-moi-z-en un !

Il entra en trombe dans la salle de rangement, saisit deux fusils et revint en vitesse dans leur chambre, où il lança à son amante le plus petit des deux.

- Prends celui-là ! M’as voir dehors. Mais surtout, bouge pas de là !

La voyant acquiescer, Falbo se dirigea vers la porte d’entrée. Il l’ouvrit dans un mince champ de vision et eut soudainement un hoquet de surprise.

Deux vaisseaux de guerre flottaient sur le lac. Et pas n’importe quels vaisseaux : des canadiens, les meilleurs depuis le grand investissement militaire du gouvernement Harper. Et, sur le balcon se trouvaient deux pilotes expérimentés.

- Êtes-vous le mercenaire Falbo Gotta ? demande l’un d’eux.

- Euh… oui. Pourquoi ?

Les pilotes soupirèrent de soulagement.

- On vous cherchait depuis des jours ! s’exclame le deuxième.

- Est-ce que vous savez où se trouve Mirabella Romario ?

- Elle est dans notre chambre.

- Parfait. Faites-la venir, s’il vous plaît…

Le jeune homme était lui aussi rassuré. Bientôt, ils allaient quitter la Planète verte. Qu’allaient-ils devenir ? Il l’ignorait, mais bientôt, ils retourneraient à la civilisation, la vraie…

- Mira, lâche ton arme.

- J’ai entendu d’autres voix ou j’suis en train de virer folle ?

Souriant, Falbo dépose son arme au sol et saisit les mains de son amante.

- Non. Deux pilotes de l’armée spatiale canadienne sont venus nous chercher. Le capitaine Patenaude les a sûrement informé de notre disparition.

Le regard de la jeune femme baissa. Elle semblait moins enthousiaste que lui.

- Ah, déjà ? Eh ben… bon voyage.

- Quoi ?

- J’suis désolée, Falbo, mais j’viendrais pas avec vous.

- Non, tu dois venir. On va attendre ton accouchement s’il le faut. Mais tu dois venir.

Comme elle ne répondait pas, il insistait encore plus.

- Pense à tous ceux que tu vas revoir : ta sœur, ton frère, ta chienne… Pense aussi au capitaine, à Valence, à Flavien, à Bob… Pense aussi à la volée qu’on va réserver à Brad….

À ce dernier argument, Mirabella sourit légèrement.

- D’accord pour la volée. Allons les voir.

Après avoir été aidée à se relever, elle franchit le seuil de leur chambre… pour rapidement être violement maîtrisée par un des pilotes.

- Eille, c’est quoi cette joke ? protesta-t-elle.

- Mirabella Romario, vous êtes arrêtée pour fraude nationale.

Avant que Falbo puisse faire quoique ce soit, un fusil est pointé dans sa direction, tenu entre les mains du deuxième aviateur.

- Qu’est-ce que vous lui faites ? se révolta l’ancien mercenaire.

- La loi nous oblige à l’arrêter.

- Come on ! Vous allez pas me faire ça ?

- Nous sommes désolés, mademoiselle Romario, mais, puisque vous êtes reconnue comme criminelle potentiellement dangereuse, nous sommes obligés de procéder aux fortes méthodes.

Quoi ? Dangereuse ? s’exclama intérieurement Falbo. Il avait passé des journées avec elle au vaisseau. Et des nuits entre ses bras, sur cette planète…

- Écoutez ! tentait diplomatiquement ce dernier. Je crois que vous faites erreur. Elle n’est pas si dangereuse que vous le croyez…

Ils ne voulaient rien entendre. Alors qu’ils l’amenaient à l’extérieur, Falbo jeta un coup d’œil à son fusil, posé au sol. S’ils procédaient avec force, autant le faire de la même manière…

Dès qu’il empoigna son arme, il s’élança dans le couloir et sauta. Deux coups de fusil plus tard, les deux aviateurs s’effondrèrent au sol : le premier fut atteint au cœur ; le deuxième, celui qui maîtrisait Mirabella, reçut la balle derrière la tête… qui a ressorti entre les deux yeux.

La future mère regarda la scène, ébahi. Puis son sauveur, étendu au sol.

- Falbo ? Pourquoi t’as fait ça ?

Tirer sur deux pilotes ! Cela ne lui ressemblait pas ! Le jeune homme se releva tranquillement… et l’enlaça tendrement.

- Ils avaient pas l’droit de t’arrêter ! Je sais que t’as fait des choses pas correctes, Mira. Mais j’t’aime trop pour qu’ils te traitent de cette façon !

Mirabella était prise de stupéfaction. Il l’aimait ?

- Tu… tu m’aimes ? Et Cristale, dans tout ça ?

Falbo sourit tristement.

- Je l’aime encore… mais plus de la même manière…

Il se rappelait des paroles échangés lorsqu’il la vit pour la dernière fois. Si elle ne supportait plus la longue attente, elle avait le droit de refaire sa vie. Peut-être avait-elle un autre amant maintenant… des enfants même !

Soudain, un gémissement le tira de ses pensées.

- Ça va ?

- Pas pire. Mais les contractions me font de plus en plus mal…

Des contractions ? Déjà ? À la fois excité et anxieux, Falbo la ramène à leur chambre en disant :

- Allez, c’est parti pour une belle naissance…
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Sam 5 Aoû à 16:51

Chapitre 6 : La liberté du phénix, deuxième partie
11 juillet 2038

Abruti ! Double crétin ! Triple idiot ! Quadruple imbécile ! Voilà des mots que se proférait intérieurement Falbo, faisant les cent pas dans leur chambre, attendant que le col de l’utérus soit assez dilaté pour permettre le passage de l’enfant à naître.

Il n’y avait pas de mots pour décrire la honte qui pesait sur lui. Il avait tué ! Deux êtres humains ! Habituellement, il les paralysait ou évitait de viser leurs organes vitaux. Mais c’était bien lui : il ne réfléchissait jamais dans les situations conflictuelles. Il se fiait seulement à son instinct.

Et son instinct lui avait dicté de les tuer ! Pourquoi ? Falbo ne voyait qu’une solution : il aimait Mirabella. Oui, il en était fou d’elle à présent ! Il savait bien qu’elle était une criminelle, mais il n’avait pas envie de la laisser pourrir en prison. Elle avait un enfant à mettre au monde. Et jamais il ne voulait le priver de sa mère ! Jamais !

Une plainte le ramena à la réalité. Mirabella était étendue sur le lit, le visage en sueur. Le soleil s’était couché il y a bien longtemps et les étoiles illuminaient le ciel nocturne. Seules quelques chandelles, nourries par des graisses animales et des mèches en mousse, éclairaient son visage crispé par la douleur.

La contraction passée, un faible sourire flotta sur les lèvres de la future mère. Son regard presque absent se posa sur Falbo.

- J’te r’mercie pour c’que t’as fait.

- Pourquoi devrais-tu me r’mercier ? J’ai commis une faute grave !

Les yeux de Mirabella se baissèrent, se préparant à confesser.

- J’veux pu partir.

- Quoi ?

Un spasme s’empara d’elle pendant quelques instants. Les contractions étaient de plus en plus fréquentes… et de plus en plus douloureuses. Falbo plongea sa main dans une cuvette en bois, prit un linge humide et épongea le visage de la courageuse. Elle le regarda, navrée.

- J’suis une criminelle. Comprends-tu ? Jamais j’aurai ma place parmi les Terriens…

- Mais t’as une place ! Pense au Romano Fafard ! Pense à ceux qui ont eu besoin de toi un moment donné !

- Ça s’ra pu comme avant…

Une autre contraction la prit au dépourvu. Des larmes glissèrent sur ses joues. Elle ajouta :

- Ils ont pu confiance en moi. C’est ben moi, ça ! Menteuse professionnelle ! Pis ç’a m’a rapporté quoi ? Rien !

Une nouvelle secousse. Les larmes continuèrent de couler. Elle n’en pouvait plus. Si seulement elle pouvait revenir en arrière ! Si seulement son père n’avait jamais été arrêté ! Le pervers n’aurait jamais entré dans sa vie !

Des doigts frôlèrent ses joues humides. Falbo lui souriait.

- Tu sais c’que j’admire chez toi ? Ta ténacité. T’as reculé devant rien pour réussir c’que tu faisais, même si c’était illégal. Alors, utilise-la pour accoucher jusqu’au bout.

Facile à dire ! Ce n’était pas lui qui accouchait ! Une soudaine montée d’agressivité vint en elle… et sa main gifla le visage de son amant. Réalisant ce qu’elle venait de faire, la première réaction qui lui vint en tête… fut d’en rire.

Voyant Mirabella réagir ainsi, Falbo était déconcerté. Était-ce de même pour toutes les femmes enceintes ? Pendant neuf mois, il fut témoin de curieux comportements, mais celui-ci était un des plus étranges.

Puis, elle cessa de rire. Son visage était surpris.

- Oh, j’crois qu’il s’en vient…

Le col de l’utérus complètement dilaté, son bébé venait d’entamer le long passage vers la lumière.

- Falbo, vite !

Se rappelant des instructions qu’elle lui avait données, il se campa entre ses deux jambes ouvertes et l’encouragea.

- Ok ! Let’s go, t’es capable ! T’es belle, t’es fine, t’es bonne, t’es capable ! T’es belle, t’es fine, t’es bonne, t’es capable ! Tes bines, téléphone, qu’appelle…

- TA YEULE, OSTI !

Profitant de ce bref moment de répit, Mirabella rassembla ses dernières forces et poussa. Elle sentait en elle son enfant, qui luttait comme elle, sinon plus fort. Elle savait d’avance que cette manifestation de la vie serait capable d’affronter tous les problèmes qu’elle vivra. Une dernière poussée, une toute petite dernière et…

Falbo resta médusé devant le nouveau-né qu’il tenait entre ses mains. Il était resté en position fœtal, enveloppé de sang et de muqueuses. Puis, réalisant qu’il devait faire quelque chose, le jeune homme dégagea la bouche et les narines du poupon. Ce dernier, pouvant enfin respirer à l’air libre, émit alors son premier cri.

Mirabella, affalée sur le lit, épuisée, pleura de joie en entendant son enfant pour la première fois. Elle ne parla pas, préférant garder ce qu’il restait de son énergie pour pouvoir contempler son bébé. Elle le reçut sur sa poitrine, enveloppé d’un drap.

- Antoine, j’te présente ta mère, Mirabella. Une mère très courageuse…

C’était un garçon ! Le plus magnifique garçon qu’elle ait vue ! Elle était si fière de lui, lui qui a fait des efforts pour sortir du monde utérin. Elle lui caressa la tête, lui montrant qu’elle était là elle aussi. Puis elle lui offrit son sein et, après moult essais, il prit sa première tétée.

Quelques dizaines de minutes plus tard, Falbo enterra le placenta sur la grève, assez profond pour que les animaux ne puissent pas le retrouver. Lorsqu’il retourna à leur chambre, il trouva Mirabella endormie. Antoine, installé provisoirement dans une caisse remplie de peaux les plus soyeuses, était lui aussi dans les bras de Morphée.

Une fois l’entrejambe de son amante nettoyée, il s’assit sur le lit, où il pouvait contempler à nouveau son fils. Il constata soudainement qu’il était vraiment son fils. Il réalisa aussi qu’il venait d’assister au plus beau des miracles. Et que sa perception du monde venait de changer…

Oui, le monde était toujours cruel. Oui, la violence et la mort étaient toujours omniprésentes. Mais la vie et l’amour étaient plus forts que tout. Les ténèbres de la nuit seront toujours là, mais l’éclat des étoiles et du soleil restera la source des espoirs. Cette nuit-là, une naissance vint lui rappeler tout cela…
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Mer 9 Aoû à 17:47

Chapitre 7 : Ici et ailleurs
26 juillet 2038

Environ deux semaines s’étaient écoulés depuis la naissance d’Antoine Gotta. L’accouchement s’étant bien passé, Mirabella retrouva très tôt toutes ses forces. Elle en avait de besoin, car le petit ne cessait de réclamer son lait maternel durant la nuit. Souvent, afin d’éviter de réveiller Falbo, elle allaitait dans la salle à manger. Or, voilà qu’une nuit, son amoureux vint les rejoindre.

- T’étais pas endormi, toi ?

Un sourire malicieux glissa sur les lèvres de l’ancien mercenaire.

- As-tu oublié que j’ai l’instinct du chasseur traqué ?

- Instinct, mon œil !

Il regarda son enfant, savourant le don des mammifères. Il se rendit compte de la chance qu’avait la chair de sa chair d’avoir pu naître en bonne santé. Il jeta un regard à l’extérieur. Il ne pouvait les voir dans les ténèbres mais il savait que sur le lac flottaient deux vaisseaux de chasse, prêts à prendre leur envol dans les contrées galactiques.

- Il faudrait partir.

Mirabella se releva du berceau où elle venait de déposer leur fils.

- Quoi ? Mais on est ben icitte. Pourquoi partir ?

Soudain, son humeur apaisé se métamorphosa sous le coup de sa susceptibilité.

- Oh non-non-non-non ! Tu vas pas nous forcer à retourner vivre avec les Terriens !

- Mais notre gars aura besoin d’la compagnie des autres. On peut pas rester là isolés toute notre vie !

- You-hou ! J’suis recherchée, moi ! Pis j’te fais rap’ler que t’as tué deux pilotes !

- Ils l’sauront pas ! Pis toi, tu peux facilement te passer pour une autre ! T’es une excellente menteuse !

- Ok, peut-être qu’on a des chances de retourner dans la civilisation que t’aimes tant ! Mais sais-tu piloter, toi ?

Voyant que Falbo ne pouvait répondre, elle le pointa du doigt en disant :

- Tu vois, t’es bouché !

- Mira, tu sais ben qu’on vivra pas là le reste de notre vie…

- Pis pourquoi pas ? On peut très bien vivre sans eux !

- Mais le p’tit, lui ? Si on est pu là, qui va s’occuper de lui ?

À la mention de l’enfant, le visage de la mère devint sombre. Falbo avait raison. La Planète verte n’était pas un endroit pour un être aussi fragile que lui.

- Oui, j’comprends qu’on doit faire quelque chose pour se sortir de là. Mais faut être aussi réaliste : on sait pas piloter.

- Peut-être… à moins que…

- Quoi ?

Un sourire illumine le jeune homme.

- Ils doivent avoir la communication !

- Tu crois que… ?

- Oui ! En se servant de la radio, on peut tenter de trouver une fréquence avec d’autres vaisseaux.

- T’es sûr de c’que tu dis ?

- Oui-oui, je sais qu’il faut être réaliste… mais faut garder espoir.

Garder espoir. C’était cela qui leur permettait d’éviter la folie qui les frôlait de ses caresses. Mirabella réalisait la chance de ne pas être seule. Elle n’était pas croyante, mais elle comprit que la création d’Éve après Adam n’était pas programmée pour combler une lacune d’intelligence, mais bien pour se soutenir les uns des autres. Car, après tout, personne n’était fait pour être seul…
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Lun 14 Aoû à 16:03

Chapitre 8 : Tabous
8 août 2050

Après la naissance d’Antoine, environ six mois avaient suffit à la conception de celle qui sera sa petite sœur, Océane. Cependant, l’accouchement ne fut pas de tout repos…

On l’avait crue mort-née. Entendant la mauvaise nouvelle émise par Falbo, Mirabella avait senti le remord nouer sa gorge et son cœur, cherchant à comprendre comment tout cela avait bien pu arriver là. Or, son amoureux ne perdit pas sang-froid et tenta de la réanimer. Elle devint la miraculée rebelle…

Rapidement, elle prit beaucoup d’assurance et parvint à se faire obéir de son grand frère. Celui-ci, beaucoup plus calme qu’elle, acceptait de la suivre dans des jeux dangereux, ce qui déplaisait fortement leurs parents.

Souvent, Océane se révoltait contre les instructions donnés par ses géniteurs :

- Ne manges pas ça !

- Reste ici !

- Va pas trop loin dans l’eau !

- Reste avec Antoine !

Et pourtant, elle n’avait que dix ans… Elle venait de débuter sa puberté. Les hormones en marche, elle amorçait sa transformation. Et cela inquiétait beaucoup Falbo.

En effet, il craignait que sa fille, sous l’influence de la testostérone, hormone du désir, puisse tomber amoureuse de son grand frère. Il remarquait qu’elle se tenait souvent avec lui et il avait peur que cette relation devienne malsaine. Voilà pourquoi, depuis environ douze ans, il passait pratiquement ses journées dans un des vaisseaux canadiens, tentant vainement d’entrer en communication avec une quelconque civilisation. Pour éviter que ses enfants agissent comme des bêtes immorales…

***

- Voilà…

Mirabella montra fièrement devant sa fille le morceau de peau qu’elle venait de coudre.

- Qu’est-ce que c’est ?

- Ça, ma fille, c’est une brassière.

- Une quoi ?

- Ça sert à maintenir ta poitrine. Vois-tu, t’es en train de dev’nir une femme…

Océane, déboussolée par les changements qu’elle subissait ces derniers mois, baissa honteusement la tête.

- Ça m’fait peur…

Sa mère lui posa une main sur sa joue, rassurante.

- Mais non, faut pas avoir peur. Rappelle-toi de c’que ton père a dit : pour combattre sa peur, il faut la connaître.

Mirabella s’installa confortablement sa chaise et invita la préadolescente à en faire autant.

- Tout d’abord, ton corps commence à changer : tu vas avoir de la poitrine, ta taille va être plus mince et tu vas avoir plus de hanche. Puis, un beau jour… PAF ! T’as tes menstruations !

- Monstruations ?

- Menstruations. Ton ventre va saigner et ça va couler dans tes culottes.

- C’est dangereux ?

- Mais non, c’est tout à fait normal. Et maman a trouvé un moyen d’absorber ce sang quand elle les a elle aussi.

- T’as des menstruations toi aussi ?

- Toutes les femmes en ont… jusqu’à la ménopause.

- C’est quoi, ça ?

- Ben, c’est quand une femme saigne pus. À la place, elle a des bouffées d’chaleur… Mais revenons à tantôt, là. Sais-tu pourquoi une femme saigne à tous les mois ?

- Non, pourquoi ?

- Parce qu’elle peut avoir des enfants. Et lorsqu’elle est pas enceinte, elle saigne.

- Et si elle saigne pas, c’est parce qu’elle l’est ?

- Voilà ! Mais tu sais, être une femme, ça veut aussi dire avoir sa sexualité…

Mirabella devint songeuse en pensant à la sienne et un sourire éclaira son visage.

- Tu sais, Océane, la sexualité est la plus belle chose. En autant qu’elle soit saine et que c’est ce que tu désires. Car jamais, mais jamais tu dois te plier à c’que tu veux pas.

- Mais… si je veux le faire ? Si j’veux avoir ma sexualité ?

- Alors je te conseille d’obéir à c’que tu ressens. Tu feras beaucoup d’expériences. Et c’est par l’expérience que tu vas savoir ce que tu veux.

- Mira ?

Falbo venait d’entrer avec Antoine. Le jeune garçon exhibait fièrement le poisson qu’il venait de pêcher. Cependant, son père n’avait pas la fierté qu’il aurait dû avoir.

- Puis-je te parler en privé ?

- Euh… oui, bien sûr. Océane, aide ton frère à nettoyer c’poisson-là.

Elle craignait l’orage qui s’en venait…

***

- Pourquoi tu lui racontes ça ?

- Raconter quoi ?

- Tout sur l’cul !

Après avoir descendu le balcon, Falbo n’en pouvait plus. Devant Mirabella, il explosait, il ressortait sa colère et, en même temps, ses craintes, qui se dissimulaient derrière sa colère.

- M’excuse, môssieur Falbo, mais j’préfère qu’a l’sache tu-suite plutôt qu’on la force à sucer des pédophiles !

Il fallait que sa fille sache tout, pour qu’elle ne subisse pas ce qu’elle avait subi durant son terrible calvaire. Pour qu’elle n’en fasse pas des cauchemars à se faire vider les veines…

- C’est ça pis, du coup, elle va abuser de sa sexualité comme les putes, comme Britney Spears !

- Voyons, Falbo, tu sais ben que l’cul est pas si négatif que ça ! On l’fait pis on en meure pas !

- Mais elle a dix ans, Mira. Dix ans ! On raconte pas ça à une fille de son âge !

- A va dev’nir une femme ! C’est important pour elle qu’a l’sache ! Après tout, on va finir par quitter cette planète pis a s’fera sûrement un chum alien.

- Pis si on la quittait pas, cette planète ? Pis si on était condamnés à vivre là pour le reste de nos jours ?

Falbo ne voulait pas être pessimiste, mais il savait que cela pouvait leur arriver.

- Si on meurs sur cette planète, Mira, il restera seulement eux ! Pis qu’est-ce qui f’ront, d’après toi ? Baiser comme des bêtes, comme on l’a fait avant eux !

La gifle ne tarda pas à frapper l’homme. Son amante se faisait menaçante.

- Jamais nos enfants f’ront ça, compris ? C’est pour ça que j’leur parle de cul : pour qu’ils aient au moins une morale !

Elle le pointa du doigt, accusatrice.

- T’es rien qu’un craqué mental, Falbo Gotta ! Va t’soigner !

Elle retourna à la maison, où elle verrouilla la porte. Son compagnon tentait de l’ouvrir, mais en vain.

- Ouvre-moi la porte !

- Va-t-en, maudit malade !

- Ouvre-moi cette CRISSE DE PORTE !

Il donna un solide coup de pied à l’entrée, mais elle ne l’ouvrit pas. Quelques longues secondes s’écoulèrent avant qu’elle s’aperçoive qu’il était parti. Alors elle se laissa glisser par terre et tomba en sanglots.

- M’man, pourquoi p’pa est fâché ?

Mirabella leva sa tête, où elle vit des larmes perler les yeux de son fils aîné. Elle le prit dans ses bras et tenta de le rassurer.

- C’est fini, mon p’tit pitt. P’pa reviendra pus.

- P’pa s’ra pus là ?

C’était Océane qui venait de parler. Elle aussi était sous le choc des éclats de voix qu’elle avait entendus.

- Mais pourquoi… ?

Voyant qu’elle n’avait pas de réponse, la jeune fille explosa.

- POURQUOI ?

Elle s’effondra contre sa mère et son frère, tentant de trouver une réponse dans ce réconfort…
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Ven 18 Aoû à 11:36

Chapitre 9 : L’équilibre des éléments, première partie
5 octobre 2050

Falbo ne savait que faire. Voilà moins de deux mois qu’il logeait dans l’habitacle d’un des avions flottants, tentant jour et nuit d’entrer en communication avec n’importe quel vaisseau prêt à les secourir. Oui, il en avait assez de vivre sur cette planète déserte ! Il ne supportait plus de voir ses enfants grandir dans un tel endroit, à des années-lumière d’une société où ils pourraient vraiment s’épanouir.

À ses yeux, Mirabella était devenue folle. Pourtant, c’était lui qui l’était devenu. Plus le temps avançait, plus il franchissait la distance le menant à la frontière du non-retour. Il devint insomniaque, obsédé par les moyens à prendre pour sortir de cet enfer végétal. Il mangeait moins, trouvant que le temps de préparation l’empêchait de progresser dans ses travaux. Il perdit ainsi du poids, son visage devint étiré par la fatigue, au moins de paraître méconnu aux yeux de ses enfants.

Malgré les interdictions de leur mère, Antoine et Océane venaient le voir. L’aîné était affecté de voir son père changer brusquement. Quant à sa sœur, elle s’impatientait de voyager dans les contrées qui furent l’objet de ses histoires qu’on racontait dès sa tendre enfance. Voyant l’excitation dans les yeux de sa fille, Falbo lui sourit et lui répondit :

- Oui… tu vas voir, tout est plus beau là-bas…

Antoine n’avait pas envie de partir. Peu importait les dangers pour lui, aussi longtemps qu’il sera à l’abri dans leur bungalow familial. Cette dispute silencieuse entre ses parents l’affectait. Il détestait les disputes. Ce qui importait vraiment pour lui, c’était le bonheur de tout le monde. Il fallait que tout s’arrange. Car il n’en pouvait pu de supporter ces remarques envenimées lancées l’un contre l’autre…

***

- M’man, faut que tu lui parles !

Mirabella soupira en voyant son fils déranger son sommeil.

- Antoine, combien d’fois j’t’ai dit de pas le voir ?

- J’t’en prie, m’man, y va virer fou si tu lui parles pas.

Se tournant sur le côté pour dormir en paix, la femme cracha :

- Trop tard, il l’est déjà…

Piqué par le peu d’intérêt que lui portait sa mère, le fils répliqua :

- Où est l’amour que t’avais pour lui ? Hein ?

Il fallait qu’il le sache. Même si cela sera dur pour lui. De ses deux enfants, Antoine était le plus fragile, mais il exprimait bien ses sentiments pour un garçon. Il arrivera à gérer cela. Se décidant enfin à parler, Mirabella se retourna vers lui.

- Antoine, est-ce que tu t’rappelles d’la fois où j’ai changé tes draps à cause de ta pollution nocturne ?

- Oh, ça oui. J’ai cru que j’ai pissé bizarre dans l’lit…

Elle lui sourit, amusée de l’étrange réaction de son fils. Cependant, elle redevint sérieuse.

- À partir de là, t’étais en train de dev’nir un homme. T’as d’ailleurs remarqué ta voix qui a mué, pis que t’as pris quelques centimètres… pis que t’as plus de poil.

Il hochait la tête, comprenant ces changements qu’il subissait. Elle poursuivit.

- Eh bien, ta sœur va dev’nir une femme bientôt. J’crois d’ailleurs que c’est à partir de là que ton père est dev’nu fou…

- Yé pas fou ! Pas encore ! Tu l’sais ben, mais tu veux l’achever !

- Antoine !

Elle ne savait que dire, à part son prénom. Oui, elle voulait le tuer ! Elle avait son entière confiance en lui… jusqu’à ce qu’il ait ces pensées perverses ! C’est envers cela qu’elle retrouva sa voix et qu’elle continua.

- M’as te dire quelque chose de choquant, mon gars, mais tu dois écouter.

- Très bien.

- Ton père… Y croyait que, si lui pis moé on mourrait, que toi et Océane…

- … Oui ?

- Que toi et Océane allaient… baiser ensemble !

- Quoi !

Antoine était stupéfait. Lui, faire l’amour à sa sœur ? C’était impensable ! Jamais il n’aurait osé faire une chose insensée !

- Mais voyons ! Yé fou !

- C’est pour ça que j’l’ai mis à l’porte…

Les larmes vinrent aux yeux de Mirabella à ce souvenir cruel.

- Pourquoi t’es triste ?

- J’sais pas trop… J’suis supposée être en crisse contre lui, mais… j’l’aime encore…

- Alors, dis-le lui. Si c’est ça qui peut le guérir de sa folie, fais-le !

La mère sourit aux pensées rêveurs de son fils. Cela valait-il la peine d’essayer ?

***

- Bonsoir, Falbo !

L’ancien mercenaire sursauta en voyant Mirabella à ses côtés. Il était trop occupé à se servir de la radio pour communiquer qu’il n’avait pas remarqué son arrivée. Était-ce une hallucination ? Une conséquence à ses nuits blanches ?

- Kessé tu veux ? lui demanda-t-il, agressif.

- Juste te parler, c’est tout.

- Tu veux m’tuer, c’est ça ? M’empêcher de voir nos enfants ?

- T’es bouché ou quoi ? J’veux t’parler !

Mirabella se calma rapidement, voulant éviter une dispute de trop. Elle redevint tranquille et lui dit :

- J’m’excuse. J’aurais pas dû te laisser dehors comme un chien. Mais, comprend bien que t’as dit des choses vexantes…

- Comment ça, vexantes ? T’évite de voir la vérité d’en face, Mirabella Romario !

Piquée au vif, elle répliqua :

- Moi, ça ? C’est plutôt toi qui évite de parler de cul à nos enfants ! J’ai été obligée d’expliquer à Antoine c’était quoi une éjaculation alors que j’en sais rien ! J’veux dire, j’peux pas l’savoir, j’suis pas un gars !

Lâchant un soupir, elle ajouta :

- Y faut ben qu’il l’sache un moment ou un autre, Falbo. T’as eu douze ans, toi aussi ! Tu devais ben demander à tes parents comment faire des enfants !

- Euh…

Avec ces explications, Falbo n’était plus en colère. Cependant, il était embarrassé de la façon dont il allait s’expliquer lui-même…

- Eh ben… J’ai jamais d’mandé à mes parents ces affaires-là…

- Ah ? Mais comment tu l’as su ? Avec tes cours de FPS ?

- Non, pas vraiment… Avec les films porno d’mon grand frère…

Mirabella faillit s’esclaffer, tentant de s’imaginer un Falbo de douze ans traumatisé par les gémissements d’une femme en chaleur. Cependant, elle était outrée qu’il ait pu commencer par un visionnement de l’irréel, un faux documentaire de la sexualité.

- D’après toi, dit-elle, qu’est-ce qui est d’mieux pour nos enfants ? Nos explications, en s’basant sur nos propres expériences, ou bedon des films XXX ?

La réponse ne tarda pas à arriver. Elle avait si raison ! Et lui, si tort… Falbo baissa la tête, désolé.

- J’aime mieux entendre des cours de ta bouche que de ceux d’une beauté fatale sur écran…

Un sourire victorieux apparut sur les lèvres de Mirabella, qu’elle s’empressa de cacher, ne voulant pas vexer son amant.

- Alors… Est-ce que t’as maintenant envie de m’entendre dire des cochonneries pendant que tu m’caresses ?

Oh oui qu’il en avait envie ! Et ses lèvres se pressèrent sur les siennes, oubliant leur dispute… et sa folie…

***

Pendant ce temps-là, Antoine prenait l’air frais sur le balcon, scrutant ses parents dans l’avion flottant. Océane vint le rejoindre bientôt.

- Kessé qu’y font ? lui demanda-t-elle.

- M’man va lui parler.

- J’espère qu’ils vont s’réconcilier…

Le jeune blond regarda sa sœur, qui devint inquiète.

- J’ai pas envie qu’ils soient séparés.

Il la prit dans ses bras, tentant de la rassurer.

- S’ils se séparent, moi j’me séparerai jamais de toi. Parce que t’es ma sœur…

- Merci, ‘Toine…

- T’as pas besoin de dire merci. Parce que t’es ma sœur…

Ils remarquèrent alors que leurs parents n’étaient plus visible de là où ils étaient.

- Où est-ce qu’ils sont ? se questionna Océane.

À travers le bruit des animaux sauvages se trouvaient ceux d’ébats coquins, que les deux enfants pouvaient reconnaître, étant parfois réveillés par ces cris la nuit, dans leur chambre.

- J’pense qu’on devrait aller se coucher… conclut Antoine.
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Lun 21 Aoû à 18:02

Chapitre 10 : L’équilibre des éléments, deuxième partie
6 octobre 2050

La nuit redevint une fois de plus tranquille sur la Planète verte. Mirabella et Falbo, épuisés par leurs manifestations d’amour physique, s’étaient allongés sur le dossier abaissé du pilote, enlacés. Le lieu n’était peut-être pas le plus propice à des séances longues et torrides, mais cela suffisait pour une réconciliation entre leurs deux corps. Avant que Falbo s’endorme, il murmura ces mots à son amante :

- Sais-tu, j’crois que t’es celle que j’admire le plus… T’es une bonne mère, mais avant tout une femme fonceuse et courageuse…

Il sourit malicieusement en ajoutant :

- … et une maîtresse qui sait se respecter…

Alors qu’il sombra, pour la première fois depuis des mois, dans un sommeil profond, Mirabella l’embrassa sur le front et ajouta, bien qu’il ne pouvait pas l’entendre :

- J’te r’mercie pour c’que t’as fait de moi… mon amour…

Elle se lova contre lui et le rejoignit dans ses rêves…

***

Bip ! Bip ! Bip !

Falbo se réveilla en sursaut, guidé par son instinct. En face de lui, il vit un point lumineux sur le radar. Un vaisseau ! C’était sûrement un vaisseau venant les chercher pour les emmener loin d’ici ! Non, cela ne pouvait être qu’un rêve… Et pourtant, Mirabella était toujours à côté de lui, nue, dormant tout son saoul…

Après s’être pincé, il eut une conclusion positive : non, il ne rêvait pas. Ils allaient bel et bien être sauvés ! Fou de joie, il secoua sa compagne, qui grogna en se réveillant.

- Bon… Kessé qu’y s’passe ?

- Ils arrivent, Mira ! Y’a un vaisseau qui s’en vient !

Cette nouvelle vint la réveiller vite fait.

- Quoi ? T’es pas sérieux ?

Lorsqu’elle vit le point lumineux se rapprocher d’eux, ses sourcils se froncèrent.

- Non… y’a quelque chose de pas correct.

- Mais non, tu t’fais des illusions.

- Pourquoi ils s’en viennent pis qu’y nous ont pas averti ? Falbo, j’te jure que c’est pas normal !

Elle avait raison ! Habituellement, un vaisseau s’approchant du leur doit manifester sa présence par radio. Il allait saisir le micro, mais Mirabella saisit son poignet.

- J’ai un mauvais feeling. J’crois qu’y sont pas là pour nous sauver…

D’un accord commun, ils se rhabillèrent en vitesse. Soudain, ils virent, au-dessus de leurs têtes, un vaisseau beaucoup plus sophistiqué que ceux qui flottaient sur l’eau. Une arme laser était en train de se charger droit sur eux.

Sans perdre une seconde, ils plongèrent dans l’eau et se laissèrent emporter par le courant… Quelques instants plus tard, les engins furent pulvérisés l’un après l’autre…

***

Le bruit de la déflagration firent réveiller Océane et Antoine dans leurs lits respectifs.

- T’as entendu ? demanda la cadette à l’aîné.

- Mais non, j’suis pas sourd…

De la fenêtre, ils virent les squelettes décharnés de ce qui restait des vaisseaux, coulant lentement vers le fond du lac. Océane se leva d’un bond.

- Viens, ‘Toine, y faut s’dépêcher !

Mais Antoine était paralysé par la peur. Que se passait-il ? Cela ne ressemblait à rien de ce qu’il a vécu !

- Eille, maudit con ! proféra la sœur en lui tirant le bras. Grouille toi l’cul !

Sous ce langage vulgaire (devinez de qui elle retenait cela), le jeune garçon se leva et suivit sa colocataire de chambre…

***

Quelques mètres plus loin, loin des flammes, Falbo et Mirabella se hissèrent sur la plage. Ils restèrent étendus sur la grève, espérant que le vaisseau, immobilisé entre le ciel et le lac, allait s’en aller. Malheureusement, il était encore là…

- La maison ! s’exclama la rescapée. Les monstres vont la brûler ! Pis les p’tits y sont là !

- M’as m’en occuper ! rassura son amant. Toi, reste à l’écart.

- Comment ça, à l’écart ? se vexa-t-elle.

- S’il m’arrivait malheur, qui va s’en occuper, hein ?

- J’te signale que ce sont nos enfants et qu’on va les sauver ensemble, que tu le veuilles ou non !

Ne pouvant la raisonner, Falbo accepta d’être suivi. Il lui indiqua cependant qu’ils devaient entrer par la fenêtre donnant sur la salle de rangement. Les armes étant entreposées dans cette pièce, ils se devaient d’être armés… avant de rencontrer leurs assaillants.

Leurs corps étaient très près du sol, pour éviter de se faire repérer, tout en gardant une bonne cadence pour atteindre cette fenêtre au plus vite. Ils n’eurent aucune difficulté à se hisser à l’intérieur. Par contre, les choses se compliquèrent lorsqu’un projectile se coinça entre eux.

D’instinct, le couple s’allongèrent sur le plancher. L’esprit alerte, ils cherchaient la source de la tentative de cette attaque, ce qui n’était pas évident lorsque la pièce était plongée dans le noir. Heureusement, Falbo trouva la provenance : une petite silhouette jugée sur les quatre défenses d’une tête de tigre vert empaillée.

- Océane, tire pas ! lança-t-il. C’est ton père !

- Si t’es vraiment mon père, commença la ténébreuse forme, prouve-le !

- On a pas l’temps ! On est en danger d’mort ! Faque grouille-toi, ton frère pis toi !

Océane reconnut alors son père. Elle fit signe à son frère, caché entre deux caisses, et ils rejoignirent leurs parents, qui « confisquèrent » leurs armes à leur usage.

- Mira, sors-les pis amène-les loin d’ici, dans l’bois !

- T’es malade ? s’objecta sa compagne. On peut faire face à un ours ou un boa ou un…

- Non, m’man ! interrompit Antoine. P’pa sait c’qu’y fait…

Alors que l’aîné sortit dehors afin d’aider sa sœur à quitter la maison, cette dernière se plaignit :

- Ah, maudit ! On peut même pas tuer des aliens

Au même moment, un bipède recouvert d’écailles entra dans la salle. Ses griffes rétractables sortirent en voyant les Terriens s’en aller. Mirabella sauta de la fenêtre au moment même où Falbo hurla à leurs enfants :

- COURREZ !!!

Pour lui, trop tard pour fuir, car la créature s’élança sur lui. Il l’évita habilement et se propulsa vers la porte. L’ancien mercenaire se devait de trouver une autre sortie. L’humanoïde n’était sûrement pas seul et il devait berner les autres en évitant de suivre sa petite famille. Mais avant, il devait éliminer le seul qu’il avait aperçu jusqu’à maintenant, s’il voulait sauver ceux qu’il aime…

L’inconnu ne tarda pas à le suivre. Son corps était élancé et il rattrapa Falbo en moins de deux. Par réflexe, l’homme pivota dans une autre direction : sa chambre à coucher. À la vitesse de l’éclair, il ferma et verrouilla la porte. La serrure était un simple loquet de bois, utilisé pour plus d’intimité. Cela n’allait pas tenir longtemps, mais c’était suffisant pour quelques secondes de réflexion.

Le cerveau en ébullition, Falbo tenta de trouver un moyen d’éliminer cet extra-terrestre. Sa peau était écailleuse : ni les couteaux ni les fusils pourraient venir à bout. Mais l’intérieur… il suffirait que la créature ouvre la bouche pour son arme puisse faire effet. Mais encore… il faudrait que la créature en question ouvre la bouche, justement !

Quelques coups de griffes et l’humanoïde défit la porte. Dans l’énervement, le Terrien se heurta à la table de nuit, renversant les quelques chandelles allumées par Mirabella un peu plus tôt. Cependant, il ne s’en préoccupa pas et évita à nouveau la créature, qui se jeta sur lui comme un fauve…

***

Un regard à l’avant. Une foulée. Un regard à l’arrière. Une autre foulée. C’était avec ce rythme que Mirabella avança dans la forêt, suivie par ses enfants. Bientôt, il n’était plus possible de voir où on allait. Cependant, la mère connaissait assez ces lieux familiers pour éviter de trébucher sur les racines ou de rencontrer une branche basse.

Croyant ses enfants enfin à l’abri, elle les arrêta.

- Restez ici. J’dois y aller…

- Tu peux pas nous laisser là ! dit Antoine.

- Écoutez-moi bien ! S’il fallait que j’meure, promettez-moi de prendre soin l’un de l’autre…

- Ça arriv’ra pas, m’man, dit Océane, puisqu’on va y aller avec toi !

- Non ! C’est trop dangereux pour toi.

Une fois de plus, la préadolescente se révolta.

- J’m’en fiche si c’est dangereux ! J’veux que p’pa nous r’trouve… pis qu’on soit une famille à nouveau !

N’attendant pas une objection de sa mère, la jeune fille se faufila vers le chemin du retour. Mirabella et Antoine n’eurent pas d’autre choix que de la suivre…

***

Dans la fureur du moment, dans l’adrénaline de l’action, Falbo et la créature s’éloignaient sans s’en apercevoir de la naissance d’un brasier. La traque entre les deux combattants continuaient dans le salon, où l’ancien mercenaire vit enfin une ouverture venant de la bouche de son ennemi. Il ne tarda pas à user de son fusil. À la seconde près, la tête de l’humanoïde éclata en morceaux sous la force de l’attaque. Cependant, Falbo n’eut pas le temps de célébrer sa victoire…

Un cri perçant résonna de l’extérieur. Un cri de terreur, surgissant d’une mauvaise surprise… Océane !

***

Mirabella arrêta son fils dans leur poursuite. La malheureuse qui leur échappait venait d’être capturée par une des créatures écailleuses et sa mère savait que tout geste précipité ne pouvait la mener qu’à sa perte.

- Eille, la bibitte !

Falbo venait de sortir de la maison.

- Laisse ma fille hors de ça !

L’extra-terrestre lâcha Océane, qui courut vers Mirabella où elle se jeta sur elle et pleura ses angoisses. Il s’élança vers l’homme, griffes sorties, alors que la mère traîna de force leurs enfants.

- V’nez, faut pas rester là !

- Mais p’pa a besoin d’nous ! récria Antoine.

Elle ne se plia pas à cet argument et le persuada à courir. Alors qu’ils entraient dans la forêt, ils entendirent un hurlement déchirant la nuit. Antoine s’arrêta et, en se retournant, fut saisi d’horreur. Son père était en train d’être mutilé par, non pas une, mais deux créatures. Il n’y eut qu’un seul cri, mais il résonnait encore dans le cœur du fils, qui enragea et voulut aller à son secours.

Or, Mirabella le retint contre lui. Il se débattit entre ses bras, mais elle restait ferme et l’emmena encore plus loin, à l’abri de ces guerriers qui repartirent après le carnage. Il pleura à son tour.

- T’es une sans-cœur !

Pendant longtemps, il en voudra à sa mère de ne pas l’avoir laissé secourir. Cependant, il finira par comprendre qu’il aurait pu subir le même sort. Elle lui dira : La vie s'arrête par une balle ou un coup d'couteau, mais pas en risquant sa vie inutilement.

Entre temps, une forte pluie fit cesser l’incendie qui faisait rage dans le bungalow. Presque tout s’envola en fumée, exceptée la salle de rangement, qui contenait encore des fusils et des balles intactes. L’eau s’unit au feu, comme le sang s’unit à la chair et la chair, à la terre. Ainsi périt Falbo Gotta, mercenaire, amant et père…
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Jeu 24 Aoû à 10:20

Chapitre 11 : Le vol de la chimère
8 octobre 2050

Pas loin de la carcasse à moitié brûlée, on avait creusé une tombe pour Falbo. N’ayant pas trouvé de fleurs, Antoine et Océane avait planté à son endroit une herbe jaune qui, au fil du temps, proliféra et deviendra un champ de hautes herbes, la seule clairière de la Planète verte.

On transporta les armes intactes vers la cabane dans l’arbre que l’ancien mercenaire avait construit pour la chasse. Le bungalow, inutile, fut mis à l’abandon. Son bois finira par pourrir au fil des intempéries et retournera à la terre. Tout comme Falbo…

- J’peux pas croire qu’yé mort ! dit Océane, en route pour leur nouvelle demeure.

- Mais c’est ça la vie, ma chouette. Des gens naissent, d’autres meurent. Il faut de tout pour faire un monde, tu sais…

Mirabella restait de glace, mais elle était autant affectée que les enfants à la mort de leur père, sinon plus.

- Mais c’était le meilleur mercenaire ! déplora Antoine. Comment y’a pu mourir ainsi ?

Ce que tous ignoraient, c’était que les créatures écailleuses faisaient partie d’une patrouille de contrôle. Ils avaient repéré les envois radio de Falbo et, après analyse, conclurent qu’il s’agissait d’un Terrien, probablement en train de comploter contre l’Univers, bien entendu. Il fut victime d’un préjugé si péjoratif, si tenace…

- Si on avait pu quitté cette planète, rien de tout ça s’rait arrivé !

Et la jeune fille pleura son désespoir. Sa mère se pencha à sa hauteur et lui dit :

- Si tu savais pourquoi je suis restée ici… J’voulais une meilleure vie, loin de ceux que j’déteste… Mais, en même temps, j’ai tourné le dos à ceux que j’aimais…

- Mais… pourquoi ? demanda Océane entre deux pleurs.

- Parce que j’voulais vous protéger. Vous étiez pas encore nés que j’voulais vous élever, loin de la violence, loin de la pollution…

Des larmes perlèrent ses yeux.

- Pendant tout ce temps, j’ai cru que j’aurai pu réussir… Mais c’est juste une stupide illusion…

Avant qu’elle ne fonde en larmes, Antoine l’enlaça.

- M’man, t’es la meilleure mère que j’puisse connaître. Mais sache qu’on t’aime, malgré tes erreurs.

- Oui, m’man… on t’aime… Mais m’aimeras-tu si, un jour, il faudra que j’quitte cette planète ?

Reconnaissant le caractère aventurier de sa fille, Mirabella sourit.

- Mais oui, ma puce. J’vais toujours t’aimer…

Océane se joignit à l’étreinte, où ils restèrent ainsi un bon moment. La chimère, cette idée absurde que Mirabella nourrissait depuis son arrivée sur la Planète verte, avait enfin succombé…
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Mar 29 Aoû à 12:26

Chapitre 12 : Culture de choc
18 juin 2065

Quinze ans. Quinze ans pour approfondir les connaissances en chasse, en pêche, en survie… Quinze pour vieillir et prendre chaque jour un peu plus de maturité et de sagesse… Quinze ans pour devenir l’homme et la femme qu’ils étaient destinés à devenir…

Les voilà donc dans la vingtaine, solides de corps et d’âme, entraînés par les épreuves de la vie. Comme leurs parents, ils s’étaient adaptés à cette vie intense et dangereuse dans la jungle. Seulement, cette survie était due à l’entière confiance qu’ils s’accordaient mutuellement, que seuls un frère et une sœur pouvaient connaître.

Les voici à l’aube de ce jour, unique comme les autres, mais pourtant inoubliable…

- Merde !

La proie que venait de traquer Océane lui échappa dans la gueule d’un ours noir à deux têtes. Par précaution, elle mit son fusil en bandoulière et grimpa dans un arbre. Elle attendit que le prédateur soit suffisamment éloigné avant qu’elle puisse redescendre. Elle aurait bien aimé l’abattre, mais elle devait économiser ses balles pour de vraies proies, « pas des prédateurs pas mangeables » comme le disait son frère.

Soudain, une secousse, faible, puis de plus en plus forte, retentit dans toute la forêt. La jeune femme se laissa tomber au sol et courut jusqu’à la clairière, le tombeau de sa demeure d’enfance, ainsi que de celle de ses parents. Seule cette plaine d’herbes hautes saura la protéger des chutes d’arbres.

Son cœur faillit s’arrêter lorsqu’elle vit un énorme vaisseau s’approcher du sol. La panique lui vint en premier lieu. En deuxième lieu, elle regagna son sang-froid. Que venaient faire ces étrangers ? Mieux valait rester loin d’eux, pour le moment…

Enfin, lorsque le vaisseau fut immobilisé et que la terre cessa de trembler, Océane courut jusqu’à l’arbre le plus proche, où elle croisa Antoine, haletant.

- Te voilà enfin ! dit-il. Que se passe-t-il ?

- Y’a un vaisseau !

- Quoi ? C’t’une joke !

- Voyons, ‘Toine, penses-tu vraiment que j’naiserais avec ça ?

Leurs parents leur ayant souvent dit de ne jamais faire de mauvaises farces concernant l’apparition de vaisseaux, il crut sa sœur. Ils firent une courte ascension dans l’arbre, suffisante pour pouvoir observer deux inconnus sortir de la boîte de métal, équipés d’instruments étranges. La première était une jeune femme aux cheveux bruns bouclés. Le deuxième, plus petit, avait les cheveux blonds. Tous deux étaient vêtus de mêmes couleurs, le vert et le noir.

Étaient-ils venus pour les tuer ? Les Gotta s’en doutaient, mais ils étaient fascinés de voir enfin des gens qui leur ressemblaient. Ils continuèrent à observer les étrangers… jusqu’à ce qu’ils virent un crocodile géant sortir de l’eau, là où était la brunette.

- Bouge pas d’icitte ! recommanda Antoine à sa sœur avant de descendre de l’arbre en vitesse.

Cette dernière aurait bien aimé intervenir elle aussi, mais elle vit le petit blond sauter du vaisseau. Elle garda son attention sur lui, se demandant s’il avait repéré la présence de son frère. Car s’il fallait qu’il touche à un seul de ses cheveux, elle n’hésiterait pas à tirer…

Soudain, l’ours qu’elle crut loin d’ici réapparut… et se dirigeait tout droit vers l’étranger, qui perdit son chemin à travers les hautes herbes. Lorsqu’ils se croisèrent, l’humain figea, pris par la surprise, puis, voyant la menace, tira. Par la suite, il paniqua.

- AU S’COURS !

Océane vit bien que l’ours ne fut pas touché. Aussi se demanda si elle devait réagir. L’animal à deux têtes pouvait très bien abattre ce qui pourrait être une menace à elle et Antoine. Cependant, si elle lui sauvait la vie, il pourrait lui être reconnaissable. Au pire, elle n’aura qu’à tirer pour se défendre…

Un. Deux. Trois. Quatre coups. Chaque détonation atteignit sa cible, qui, sérieusement touché, se vida de son sang. Après s’être assurée que l’ours était bel mort, elle descendit de l’arbre à son tour. Et, alors qu’elle s’approcha du cadavre, celui dont il faillit être sa victime se retourna… et tira. À la vitesse de l’éclair, elle se figea, non par la peur, mais par la charge paralysante.

- Woups ! glissa le blond, embêté.
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MessageSujet: Re: [FT] Le phénix et la chimère   Sam 2 Sep à 16:14

Épilogue

Après l’épisode de la rencontre avec l’équipage du Durivage Bureau, Antoine avait besoin de parler à sa sœur, en privé. Maintenant qu’elle n’était plus paralysée, ils pouvaient discuter de cette visite dans le vaisseau tousseux.

Les revoilà donc dans leur cabane chérie, où chaque coin recelait un souvenir. Ils étaient nostalgiques à l’aube d’une décision qui pourrait changer leur vie…

- J’comprends que tout ça va t’manquer, ‘Toine. Mais te rends-tu compte de notre chance ? Ils s’en vont pour la Terre ! La Terre ! Là où nos parents sont nés ! J’ai aucune idée des ravages sur cette planète, mais j’compte bien faire partie de l’équipage.

Océane avait un bel argument. La Terre… berceau de la civilisation tousseuse, mais aussi celle de leurs ancêtres. Lui aussi avait envie de la voir, en vraie. Mais il ne savait si cela valait la peine de côtoyer d’autres humains. Il avait entendu tant d’horreurs de la bouche de ses parents. Et cette Spitfire… ses parents avait conté beaucoup d’horreurs concernant son père. Il n’avait pas envie de devenir un monstre à cet image.

- Ça m’fait peur, Océane. D’un coup qu’ils retournent sur Terre pour surexploiter comme ils l’ont fait auparavant ?

- T’es ben soupçonneux, toi ! Y’ont dit qu’ils allaient seulement là pour voir si elle était encore vivable.

- Vivable pour continuer l’exploitation à fond ?

- T’es ben négatif, toi !

- Écoute, j’ai pas envie de dev’nir comme la Spitfire !

La jeune femme pouffa de rire.

- T’en fais pas, frérot. T’es loin d’lui ressembler pis tu ressembleras jamais à ça.

Ainsi, c’était donc ça qu’avait peur, son frère ? De changer, de devenir un chien sale méconnaissable ? Elle eut soudainement une idée.

- J’te propose quelque chose. On les accompagne, on test notre vie avec eux. Pis si t’es pas content, ils auront qu’à nous déposer sur l’ch’min du retour. Ça marche ?

Tous deux ignoraient que le chemin du retour n’existerait pas…


FIN
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